Sainte-Consorce du XIXème siècle à nos jours

En 1892, la statue de Sainte-Consorce est érigée sur un rocher dans un pré. Depuis cette plateforme vers l’est un large panorama s’offre à nous sur l’agglomération lyonnaise jusqu’au Bugey et la chaîne des Alpes . Le terrain où est implantée la statue de Sainte Consorce est propriété communale depuis 1911. La statue est constituée de pierre calcaire. La sainte, vêtue à l’antique, est coiffée d’un voile et chaussée de sandales. Elle est représentée montrant sa paroisse à Notre-Dame de Fourvière. Aux pieds de la sainte se lit le nom de l’hospice Saint-Etienne qu’elle fonda en Provence…  
 
Agriculteur de la seconde moitié du XIXème siècle, c’est pendant ses longues soirées d’hiver qu’ Antoine BRUN (1822-1900) s’adonnait à sa passion: la sculpture sur bois. Il a délaissé son travail ordinaire pour ce qui était sa passion. Plans reliefs de la ville de LYON, édifices lyonnais, nationaux, et internationaux les maquettes qu’il confectionne sont reproduits de visu, ou à partir de cartes postales et de photographies. Ses maquettes en bois (tilleul, noyer, bois divers) furent exposées à l’exposition internationale de LYON en 1914. Le musée Antoine Brun est situé dans la rue portant son nom également.

La mairie, l’école et le cimetière sont construits sur des terrains lui appartenant. 
Sa collection, décimée, est rachetée par le Conseil Général en 1972. Elle est exposée aujourd’hui dans le musée construit avec l’aide du Conseil Général et du Crédit Agricole : 160 maquettes y sont exposées, mais elles ne représentent que 30% de l’oeuvre de l’artiste. Le musée se trouve près de l’église et de la mairie. 
 
En 1900, l’activité économique de Sainte Consorce est constituée exclusivement de blanchisseries (vingt-cinq environ).  
 
L’actuelle école primaire est construite en 1974 et depuis, extensions de classes et aménagements de cantine ainsi que d’espaces sportifs se sont succédés (terrain de foot et city-stade). Dernièrement, des travaux de rénovation énergétique et l’installation de panneaux photovoltaïques ont fait entrer Sainte-Consorce dans le XXIème siècle.

Dates remarquables :  
1834 : début de la construction de l’église actuelle
1835 : ouverture au culte de la nouvelle église
1853 : consolidation d’un mur de façade (église)
1872 : séparation effective entre Marcy-Le-Loup et Sainte-Consorce par arrêté préfectoral
1895 : réalisation du clocher (église)
1909 : installation des quatre cadrans sur le clocher de l’église
1908 : arrivée de l’électricité au centre-village  
1911 : acquisition terrain de la madone et statue
1912 : premier programme d’éclairage public  
1924 : création d’une subdivision de sapeurs-pompiers  
1933 : les hameaux sont alimentés en électricité  
1944 : bombardement du 30 août  
1961 : adduction d’eau et assainissement  
1970 : création du syndicat de communes à vocations multiples des Monts du Lyonnais (SIVOM ex CCVL)  
1974 : création de la nouvelle école primaire
1975 : inauguration du musée Antoine Brun 
1979 : création de la zone artisanale (extension en 2019)
1988 : création de la salle d’animation

La scission du territoire consorçois

La scission du territoire consorçois

En 1826, une école de filles est créée par les religieuses St Joseph.  
 
De 1831 à 1848, les conseillers municipaux sont élus par les habitants de la commune les plus imposés et choisissent ensuite le maire parmi eux. A cette époque le maire fait partie du hameau de Marcy. 
 
En 1832, Etienne Vuldy, Benoît Assadas, François Cazot, Benoît Gervais, Pierre Simond, Louis Collomb, Gaspard Tabard demandent que l’église du Vieux-Bourg soit démolie : le hameau est excentré, l’église est trop petite, délabrée et située dans un val qui « ne permet pas d’entendre suffisamment le son de la cloche aux alentours »… Ils proposent d’en reconstruire une à un meilleur emplacement à l’aide de leurs deniers personnels. Le terrain est acheté au lieu-dit « Le Massenot », l’actuel Centre : on peut dire qu’ils ont très bien choisi le nouvel emplacement! L’actuelle église de Sainte-Consorce est construite en 1834.  
 
En 1834/1835 un instituteur est nommé pour enseigner alternativement sur les deux sections ou hameaux principaux de la commune. A l’époque l’école est dispensée dans des locaux prêtés ou loués chez l’habitant. Se pose alors la question des écoles sur ces deux sections. Faut-il construire des mairies/écoles, racheter le presbytère de Sainte-Consorce pour en faire la mairie/école? Le maire de Marcy-Le-Loup propose d’acheter un terrain à mi-chemin entre Sainte-Consorce et Marcy-Le-Loup pour créer cette nouvelle école, mais le projet est abandonné. 
 
Les rivalités sont à leur paroxysme. En 1844, les premières propositions de division de la commune émergent…  
 
De 1848 à 1852, l’élection des conseillers municipaux est réalisée au suffrage universel : le nombre d’habitants a toujours été plus important à Sainte-Consorce qu’à Marcy. Le maire est à nouveau consorçois.  
 
En juin 1872, c’est à la demande des habitants, que la scission de la commune est effectuée : Marcy-Les-Loups prend le nom de Marcy-l’Etoile . Deux mairies/écoles sont alors construites dans chaque village.  
Le point central de la commune de Sainte-Consorce (Le « Vieux bourg ») est abandonné au profit du centre village actuel.  
 
La construction d’un nouveau bâtiment propre au village de Sainte-Consorce en 1874 (achevée en février 1875), rendue possible par la scission de la commune, permet d’héberger à la fois la mairie et une école de garçons. Cette construction est réalisée grâce à une souscription auprès des habitants. Une classe d’adultes est même autorisée en 1880. Une école de filles est créée en 1886.

Sainte-Consorce juste après la Révolution

De 1800 à 1831, les conseillers municipaux et le maire ne sont plus élus au suffrage universel, mais nommés par le préfet.  
 
Jusqu’en 1802, il n’y a qu’une seule paroisse et qu’un seul curé habitant au Vieux-Bourg. L’ancienne église de Sainte-Consorce, située dans le hameau du Vieux-Bourg et donc dans le centre historique, est excentrée vis-à-vis de son territoire, surtout depuis la cession des hameaux de Larny et Valency à Pollionnay. De plus, le bâtiment est en très mauvais état.  
 
En 1804, l’église est rétrogradée au rang de chapelle par l’archevêché. L’église de Marcy devient la nouvelle église de la paroisse. Les curés y sont nommés et y résident, alors que le nombre de fidèles est 2 à 3 fois moindre… par rapport au Vieux-Bourg. Première grogne des habitants de Sainte-Consorce…  
 
En 1808, le préfet nomme le nouveau maire de la commune qu’il désigne comme étant le maire de la commune de « Marcy et Sainte-Consorce »… Un décret impérial confirme la rétrogradation de l’église de Sainte-Consorce au rang de chapelle soulevant l’indignation des habitants de Sainte-Consorce.  
 
Une lutte s’engage alors entre les représentants de Marcy-Le-Loup et Sainte-Consorce pour prendre le contrôle du village. Le conseil municipal traverse une crise au sujet de la construction et du financement d’un nouveau presbytère à Marcy. Les représentants de Marcy au conseil sont plus nombreux que ceux de Sainte-Consorce bien que la population soit moins importante. Le presbytère de Sainte-Consorce est vendu pour subvenir en partie à la construction du nouveau presbytère de Marcy. Le terrain du nouveau presbytère est donné par Lacroix de Laval, frère du maire de Lyon de l’époque…  
 
Sainte-Consorce devient au niveau communal un hameau de Marcy où les offices ne sont plus célébrés !  
 
La colère est telle que les habitants de Sainte-Consorce accueillent de 1817 à 1822 des chapelains résidants, non nommés et non rémunérés par l’archevêché, mais « entretenus » par les habitants. Les habitants du hameau de Sainte-Consorce désaffectent alors les offices religieux de Marcy. 
Des esprits profitent alors de la situation pour pousser les habitants à se convertir au protestantisme. Des protestants venus de Lyon se réunissent chez la veuve Cazot. Le maire de Sainte-Consorce, Lacroix de Laval et le préfet de Lyon s’opposent à ses rassemblements sous prétexte de débordements. 
 
Le roi Charles X met fin à cette situation à partir de 1825 en faisant en sorte que deux curés soient nommés, l’un à Sainte-Consorce et l’autre à Marcy-Le-Loup.

Sainte-Consorce avant la Révolution

Du Xème siècle à la Révolution, deux seigneuries exercent une emprise foncière, judiciaire et religieuse : la seigneurie ecclésiastique des chanoines de Saint-Just (Grézieu la Varenne) et la seigneurie de Laval.

Celles-ci nomment les prêtres de Sainte-Consorce et Marcy-Les-Loups (ou Marcy-Le-Loup).  

Les habitants de Sainte-Consorce connaissent successivement la peste en 1350 et en 1628, la famine en 1693, et une vague de froid exceptionnel en 1709.  

Du Moyen-Age à la Révolution, paroisse et village sont des notions qui se confondent. Le prêtre gère la paroisse qui représente l’unité administrative.
Le territoire est soumis à la juridiction spirituelle du prêtre. La communauté des habitants convoquée au son de la cloche de l’église du Vieux-Bourg se réunit en assemblée générale pour nommer ses représentants et débattre des problèmes du moment. Le prêtre est aidé de marguilliers dont la fonction principale est d’immatriculer les pauvres sur le registre d’aumône de l’Eglise.  
 
Le village de Sainte-Consorce est constitué principalement de hameaux. Le hameau du « Vieux-Bourg » occupe alors une position centrale par rapport au territoire.  
Les hameaux de Valency et Larny sont rattachés à Pollionnay en 1577 lors d’une transaction entre les chanoines de St Just et le seigneur de Pollionnay.  .  
 
La Révolution amène la création du département du Rhône pendant l’hiver 1789/1790. C’est au printemps suivant qu’une première municipalité est installée : Sainte-Consorce et le hameau de Marcy-Les-Loups ne font alors qu’une seule et même commune, Sainte-Consorce.

La suite va être un peu plus tourmentée…

Consorce: la Sainte Provençale et l’influence clunisienne

Consorce n’est pas un prénom usité et vous ne le trouverez pas dans le calendrier officiel des Saints. Consorce n’est pas une Sainte tel que défini par l’église catholique car elle n’a jamais été canonisée. La canonisation requiert en effet d’avoir réalisé des miracles et permet au Saint d’être vénéré dans l’Église universelle. Ce n’est pas le cas pour Sainte Consorce. Néanmoins, ses actes vertueux et héroïques lui ont donné ce titre sous l’impulsion des moines Clunisiens.

Cette appellation « Sainte Consorce » a été donné à deux reprises sous cette obédience : pour notre village et une église de Savoie qui porte le nom de Sainte Consorce du Sappey. Le territoire du Sappey est un territoire situé entre Annecy et Genève, qui dispose d’une très belle vue sur les Alpes (tiens, ça me rappelle quelque chose!) en particulier sur le massif du Mont-Blanc. Oui! Les moines clunisiens avait une énorme influence sur tout le Sud-Est de ce qu’on nomme aujourd’hui le Sud-Est de la France.

Je n’ai pas trouvé de chapelle ni d’église avec le nom Santa Consõrcia en Andorre, mais une place « Placeta de la Consõrcia » adjacente à la « Placeta Sant-Esteve » elle-même adjacente à l’église Sant-Esteve. Proximité géographique dans Andorre-La-Vieille quand on sait que l’histoire de Consorce est étroitement liée à celle de Saint-Etienne pour lequel elle avait une dévotion toute particulière. On peut penser là aussi qu’une influence ait pu être exercée jusqu’en Andorre… par les moines clunisiens ou d’autres personnes.

Sainte Consorce est une vierge provençale du Vème siècle ayant vévu au bord de la Durance près d’Aix en Provence. Consorce est une des filles d’Eucher (Eucher Le Jeune, car il y aurait eu aussi Eucher l’Ancien à peu près à la même époque et tous deux furent évêques de Lyon, d’où une certaine confusion!). Après la naissance de ses filles, prénommées Galla et Consorce, Eucher se retire dans une grotte puis quelques temps plus tard devient évêque de Lyon. Galla vit alors dans la grotte de son père et Consorce la sert.

Après la mort d’Eucher, Consorce construit une église dédiée à Saint Etienne ainsi qu’un hospice, fait de larges aumônes : elle est désormais une riche héritière occupée à secourir malades et miséreux. Sa réputation fait alors sa sainteté sur tout le territoire d’Aix et ce, jusqu’à Cluny. Elle meurt à l’Escale et est ensevelie dans l’oratoire Saint Etienne. Ses restes furent transportés au Xème siècle du sud de la France à l’abbaye de Cluny où sa dévotion a été très marquée. L’abbaye a été détruite, mais non loin de là, à Berzé-la-Ville, existait un prieuré rattaché à Cluny depuis 1080. Son seul vestige est la chapelle des moines dont l’abside, très richement décorée, montre, sur sa droite, Sainte Consorce portant une croix et emmenant le cortège des six vierges sages, preuve qu’elle fut vénérée à Cluny.

Quel rapport entre l’Escale et Cluny me direz-vous? Ce serait Saint Mayeul, né à Valensole, près de l’Escale et 4ème abbé du prieuré de Cluny de 954 à 994, qui aurait rappatrié les reliques de Sainte Consorce et qui en aurait laissé une dans notre église. Notre village aurait alors été sous l’influence des moines clunisiens.

Si on se réfère maintenant à la description de la statue retrouvée à Aix en Provence et qui ressemble étrangement à ce que l’on peut voir sur le blason de la commune, nul doute que Sainte Consorce de l’Escale au bord de la Durance est notre Sainte Consorce : « ses cheveux sont dorés, la main gauche tient une palme, la droite une bobèche et un chapelet est passé autour du poignet droit ».